Funérailles d'Hiver

UNE FOLIE PURE ? UNE PURE FOLIE ?

 

Ouah la vaaaache ! C’est la première chose qui m’est venue à l’esprit à la fin de la lecture de Funérailles d’Hiver. C’est tout de même un truc de fou cette pièce, un monument à escalader pour un metteur en scène. Trop fou ? C’est sûr qu’il faudra être à la hauteur…

Ce road-movie drôle, décalé, complétement irréel, cette course contre le temps, ce décalage entre la situation réelle et l’absurdité, la grossièreté des personnages. Tout est permis : on se ment, on se fuit, on se tue, on s’abandonne, on s’engueule, on s’ignore…

Cette pièce est impossible à monter !!

Entre les lieux des actions tous aussi grandioses les uns que les autres, entre les situations toutes aussi abracadabrantesques les unes que les autres, entre les uns qui volent, les autres qui meurent dans un souffle de pet et de papillons…

Une seule solution : travailler sur l’imaginaire… travailler sur « une boîte à jouer », pleine de surprises et de possibles. Un décor qui n’en est pas un mais un espace qui se remplit de la force et de la présence des personnages. Hanokh Levin, en utilisant la farce comme levier à sa poésie, nous plonge avec délice dans un imaginaire enfantin. La naïveté des enfants lorsqu’ils jouent est présente tout au long de Funérailles d’Hiver. Voilà ce qui va diriger les comédiens, retrouver ces situations de jeu où Barbie épouse Ken mais doit auparavant affronter un crocodile ami d’une biche ; où les Playmobil font une chaîne humaine pour rattraper le lion perdu sur la banquise...

C’est ça Funérailles d’Hiver… Alors, allons-y gaiement… les comédiens seront masqués, un univers de chiffon, de poupées, de pantins, des «mini-moi » symbolisant les âmes, des portes qui ne sont pas des portes, un Himalaya qui n’en est pas un… Un univers onirique qui se coltine au trash de ces 2 familles, à une langue vive et sans concession, une rencontre entre la poésie et la réalité d’une société où l’égoïsme règne en mâitre absolu.

Un tsunami de vitesse, de folie, de situations, de petites phrases au vitriol !

 

UNE COMEDIE FEROCE

 

Hanokh Levin est un grand auteur de comédie, sa force réside dans sa facilité à placer ses personnages dans des situations absurdes, pleines d’humour et d’ironie sur nos sociétés contemporaines. Il y a dans Funérailles d’Hiver, un peu de Ionesco, de Feydeau ou de Labiche mais aussi du « cartoon » : cette course poursuite n’est pas sans rappeler celle de Bip Bip et le Coyote…

Tout est extrêmement bien construit, une mécanique bien huilée. L’humour, le comique sont à chaque coin et recoin de l’histoire, plus on avance et plus on se dit « non quand même pas… ». Et bien si !

C’est ce que l’on appelle «rire jaune» dans une comédie noire.

Ce qui m’a touché dans cette pièce ce sont les grands thèmes qu’elle véhicule : l’égoïsme, la cruauté humaine, le matérialisme. Au fil des situations de plus en plus burlesques, l’auteur dépeint l’horreur d’une société prête à enjamber des cadavres pour atteindre un but finalement dérisoire. La quête du bonheur est symbolisée par les 400 poulets prévus pour le repas de noces et par une fête somptueuse construite de longue date. Le groupe se fédère contre Latshek Bobitshek, seul contre tous. On est prêt à tout dans cette pièce pour sauver ses propres intérêts : à ne pas voir la mort, à laisser son époux mourir sur le bord de la route, à piétiner les traditions familiales, tout cela dans un sourire rayonnant...

Funérailles d'Hiver est bien une comédie.

Féroce.

Noire.

Où la vie côtoie la mort... Où l'on court en vain après le temps.