2001 

"On ne badine pas avec l'amour 

d'Alfred de Musset

 

Perdican, un romantique ? Cet homme à femmes, égoïste, qui ne les utilise que comme faire-valoir et n’hésite pas à sacrifier une jeune fille qui a foi en l’amour pour susciter la jalousie !

Camille, une romantique ? Cette jeune fille fière qui entend faire changer Perdican et qui méprise sa sœur de lait davantage encore que Perdican !

Ces personnages sont romantiques ! Pas au sens « fleur bleue » d’aujourd’hui mais au sens fort du XIXème.

Ils sont devenus classiques alors que le Romantisme s’oppose catégoriquement au Classicisme. Ironie des siècles, les mots hors-contexte changent de sens jusqu’à s’inverser. Ils ont, des héros romantiques, toute la fougue et l’excès qu’avait Musset à leur âge (au moment de l’écriture Musset a 24 ans).

Transposée de nos jours, la pièce trouve toute sa place avec des excès identiques et différents. L’amour est beau mais est rendu cruel par ce que nous en faisons. Entre clichés et réalités, c’est une vision extrémiste qui nous a semblé plus évidente aujourd’hui.

 

L’homme, guidé par les passions, a quelque chose d’animal, de bestial et les relations entre les personnages s’en ressentent. Souffrir et faire souffrir, par fierté, pour ne pas se dévoiler, c’est une vision sadomasochiste de l’amour. L’amour échoue parce qu’on ne se dévoile pas. La mise en scène se veut aussi voyeuriste : on essaie de voir ce qui devrait être caché. Dans cet univers nocturne, ce monde fantasmé, l’amour vrai a-t-il sa  place ?

La nuit ? Les étoiles, Roméo et Juliette, le coucher de soleil, la sérénade, la lune, les mots d’amour susurrés, le baiser ébauché, les mains frôlées ... NON ... !!! Drag-queen, soumission, techno, nuit, pétard, transe, trip-hop, créatures, échangisme, alcool, sexe, fiesta, masque, fouet, stroboscope, décibels, ecstasy, nudité ... Où conduisent de tels excès ? Ne conduisent-ils pas fatalement à la mort ? Crime ou Suicide ? Rosette : mort décidée ou mort subie ?

 

 

La vie même est manipulation. Les fantoches apparaissent comme une bouffée d’oxygène permettant d’oublier quelques instants la tragédie en train de se jouer mais ces marionnettes sont davantage manipulées que manipulatrices, c’est la loi du plus fort (donc du plus riche !) qui décide.

Humour et tragique, légèreté et gravité, excès et traditions, ne pouvaient mieux s’allier…